Mémorial d'Ivry-sur-Seine

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Parcours d'Ivryens

Roger Quéron, "gueule cassée"

Roger Quéron. Arch. mun. Ivry-sur-Seine. Don Claude Canniaux.

Roger Quéron est né le 12 janvier 1893 à Villemorin (actuelle Charente-Maritime) dans une famille de cultivateurs. Quatrième enfant d'une famille qui en compte cinq, il a tout juste vingt ans lorsqu'il part pour le front en septembre 1914. Il est envoyé en renfort au 314e régiment d'infanterie. Au mois de janvier 1915, il rejoint le 277e régiment d'infanterie.

Début 1915, Roger Quéron participe à l’attaque du village de Norroy (entre Pont-à-Mousson et Nancy) tenu par les troupes allemandes. Les Allemands bien positionnés et solidement armés repoussent l’attaque française mal préparée par l’artillerie. Aux abords du village et dans les rues les plus périphériques, le 277e régiment perd de très nombreux soldats, sous-officiers et officiers sous le feu des mitrailleuses et des fusils ennemis. Les combats débutent le 14 février et se terminent le 17 février 1915. Les troupes françaises ont repris quelques positions autour de Norroy mais n’ont pas atteint leurs objectifs. Le bilan pour le 277e régiment est très lourd : 104 morts, 412 blessés, 145 disparus.

Roger Quéron est blessé à Xon le 15 février 1915. Il est soigné au poste de secours puis évacué à l'hôpîtal civil de Nancy où il est hospitalisé entre le 17 février et le 14 juin 1915. De là, il écrit une lettre à son père :

[Retranscription intégrale]

Nancy, 7 avril 1915

Cher Papa…Je t’envoie aujourd’hui une vue assez convenable, car notre médecin a voulu nous prendre en photo tous les plus blessés. Ainsi je profite de l’occasion pour vous envoyer toutes ses belles têtes, car dans le pavillon c’est rien que des blessés comme ça. Tu vois on est tous beau garçons. Celui-là qui a les bequilles il a une jambe coupé et un œil arraché, il en a sa part lui aussi. Moi c’est un tampon de coton sur l’œil droit. Cela m’est changer tous les jours. Le Marsouin qui a la pipe ils lui ont opéré trois fois la joue, il lui prenait de la peau ailleurs pour lui mettre sur la joue. Il est du 7e Colonial de Bordeaux il y en a de partout un peu, mais on a pas l’air trop malheureux quand même. Je vais te recommander de me la conserver cette photo car j’ai que celle là, je veux la retrouver quand j’irais chez nous fais la voir aux voisin et amis et place la qu’elle ne s’ecrase pas. Je suis toujours en bonne santé, je t’en desire une pareille.Ton Fils qui t’embrasse.

Roger Quéron qui a perdu un œil et subit de nombreux traumatismes faciaux, poursuit sa convalescence à l'hôpital auxiliaire n°1 de Marseille jusqu'en septembre 1915. Il est ensuite conduit dans un hôpital dépôt où il réformé le 29 octobre 1915. Il se retire alors à Villemorin.

La Croix de guerre lui est attribuée le 8 août 1915. La citation qui l'accompagne précise : "A perdu l'œil droit à la suite d'une blessure reçue les 15 février 1915. S'est montré plein d'entrain au moment où sa compagnie se portait à l'attaque des tranchées allemandes. Blessé à vingt mètres des retranchements ennemis".

De dix ans son ainé, son frère ainé Emmanuel, militaire de carrière, meurt le 21 février 1916 à Meaucourt dans la Somme tandis que son frère Auguste est fait prisonnier en Allemagne. Venu s'établir à Ivry probablement pendant la Guerre, Roger Quéron y épouse en 1919 une couturière, Suzanne Canniaux. Il sera manutentionnaire puis journalier à l'entreprise Damoy, et enfin cantonnier, à partir de 1929, à la ville d'Ivry-sur-Seine.

Hôpital de Nancy. Roger Quéron, 1er à droite. Arch. mun. Ivry-sur-Seine. Don Claude Canniaux. Roger Quéron à l'hôpital de Marseille. Arch. mun. Ivry-sur-Seine. Don Claude Canniaux. Lettre d'Emmanuel Quéron à son frère. "Souvenir de la vie des bois et des tranchées", 1915. Arch. Mun. Ivry-sur-Seine. Don Claude Canniaux. Roger Quéron et Suzanne Canniaux. 28 mai 1919. Arch. mun. Ivry-sur-Seine. Don Claude Canniaux.

Tableau des morts au champ d'honneur

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